Sur la place principale de Mioveni, les ombres s’adoucissent lentement. Après une longue semaine de travail à l’usine, on profite de son jour de repos et de la fête. La place principale s’est emplie de monde. Des couples de tous âges – sachet de pop-corn ou de graines de tournesol à la main - sont assis autour de l’esplanade. Ils surveillent d’un œil distrait les allées et venues de leurs enfants, ou petits-enfants, qui courent, nombreux, des ballons bleus à la main. Devant la maison de la culture des syndicats, des adolescents se photographient à côté d’une Logan qui trône face à la scène installée pour l’occasion. En ce 12 juillet 2014, tout Mioveni est venu célébrer, avec deux jours d’avance, la fête nationale française. Cet événement populaire aux yeux des Roumains est entièrement subventionné par Renault qui est l’employeur principal de cette ville roumaine de 36 000 habitants, coincée entre Bucarest et la chaîne des Carpates.

Il y a quinze ans, le rachat de Dacia par Renault a permis à Mioveni d’échapper au sort des cités mono-industrielles tombées en ruine après la chute du communisme. Mais ce fut au prix de milliers de licenciements. Ici, on se rappelle encore le son de la sirène qui, à l’époque, retentissait dans toute la vallée. Elle sommait les 27 000 ouvriers de monter à l’usine, là-haut sur le plateau. Aujourd’hui, la sirène s’est tue et le nombre de travailleurs a été réduit de moitié. Chaque jour, des centaines d’autobus continuent de faire le va-et-vient entre la ville et l’usine. Comme dans un ballet régulier, ils amènent les travailleurs aux neuf portes du domaine. À 7 heures, 15 heures et 23 heures, c’est le même rituel. La rumeur lancinante des tourniquets retentit en écho sur le plateau et les bouches de métal laissent échapper une foule d’ouvriers qui, mécaniquement, reprennent l’autobus en sens inverse, pour retourner à leur vie et à leur famille.

Julia Beurq

2012-2014

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